Caillou

Publié le par Richard Robert

Le coeur n'est plus
Qu'une vaste étendue
Défleurie
Que tu continues d'épingler
En boutonnière
Cramoisi de pivoine
Ouverte en corolle
Tu l'affiches
Tu le lampionnes
En mondain
Tu t'allumes
Le réverbère
Il éblouit
Deux ou trois regards de nuit
Gicle sur le crépuscule
Et tache de lumière
L'encre de Chine
D'une ombre fantôme
Tu te sens déjà aimer
A cheval
Sur tes sueurs
Tu n'es bientôt plus
Que frottements hébétés
Ta chair se cogne
A se rompre
En vérité tu n'y es
Pour personne

Le cœur surjoue
Pour se rameuter une foule
Mais tout l'a fui
Même le trac
Il s'encostume
Il s'endigne
Et ses roseurs passent
Virent au vieux jaune
Ses arêtes s'émoussent
Il ne reste qu'un caillou
Déblayé
Un cor durci
Qui se réveille
Démange
Plus ou moins
Selon la couleur du ciel
Changements de temps
Et vent qui tourne

Sur ce roc
Tu élèveras
Le temple calleux
Du souvenir
Tu t'y refermeras
C'est tout empierré
Que tu finiras

Publié dans Empreintes - 1997

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article