Fondu désenchaîné

Publié le par Richard Robert

tu entends le murmure intérieur des mots
comme des phalènes dans l’ombre portée du rhum
la vie commence quand les nuits te veulent du bien
et ça se répète
la vie commence quand les nuits te veulent du bien
tout est flottant désarrimé
disparue cette impression d’être un caillot dans un flux d’existences
un fondu enfin désenchaîné
du noir au blanc et du blanc au noir
dehors l’été qui refuse de se parcheminer
malgré la queue de tigre d’un cyclone
qui balaie nerveusement la côte
un dragon cracheur d’eau et de vent
arrache à l’île des sanglots de joie
un air de fin du monde qui réjouit la foule
la dernière à rire tu le sais
elle sera la seule dernière à rire
et jamais en même temps que les autres
le flou ne rend plus fou
il n’y a pas d’utile ni de sublime clarté
juste des images des formes des couleurs parfois un mot
la poésie est le chant de notre ignorance
le désir vibrant candide peut-être
de vivre encore les autres et d’être vécu par eux
je me comprends mieux depuis que je vois tout le monde
pourquoi te sens-tu parfois flatté d’être ivre
l’amnésie ne nuit pas à la santé
le bonheur c’est peut-être ça
un fouillis salutaire
un désordre qui te fait du bien
un bordel où tu te retrouves
où tu ne perds plus rien
où il n’est pas très grave que tu perdes tout
pas grave de vivre décoiffé
du moment que tu ne cherches pas ton peigne en permanence
et que tu ne refiles pas tes poux à tout le monde
ton rire éjaculé à la face d’une pute
qui colle ses seins lourds contre toi
la ville t’a prodigué des jouissances qu’elle-même ne saurait te donner
la beauté, vingt ans et la vraie faim ne peuvent lutter avec La Havane
ce n’est pas que tu vieillisses moins dans ces moments-là
c’est que tu vieillis mieux
un jour tu arriveras à l’apesanteur de tout
du verbe aussi
écrire à force t’effacera
et derrière ce sera une vie belle et muette comme la nuit
qui appellera le silence
et entendra même ce que tu ne dis pas
et s’achèvera dans des parfums d’aube
mais c’est peut-être pour tout de suite
autour de toi l’humanité parallèle
naturellement dégagée de l’ordinaire
qui repeint le monde en s’éclaboussant de partout
des buveurs pas d’ici pas de là
différents sans même le savoir ni le dire
sans l’afficher ni le jouer
les Cubains sont des chats penses-tu
regarde la tranquillité parfois sérieuse
qu’ils mettent dans les petits rituels du quotidien
la toilette le repas la sieste
la part de jeu qui ne disparaît jamais
même vieux et traînant leur carcasse
finir chat ça ne te dérangerait pas
mais maintenant tu te jures de tout oublier
pour mieux recommencer
rien ne devra rester de tout ça
surtout pas

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