Trains
Dans les trains
C’est désormais toi
Qui défile
Et ce sont les paysages
Qui te lisent
L’œil plus ou moins vide
Plus ou moins attentif
Les poteaux télégraphiques
Aux filaments de méduse
Se plantent à l’avant de ton crâne
Crevassant chacune de tes pensées
Un ruisseau vipérin
Le cours tordu
Comme pour déchiffrer ton âme
Par-dessus ton épaule
Galope un moment
Le long de la voie ferrée
Tente bien de te retenir
Mais s’effondre soudain
Derrière un talus
Une ruine (le ventre ouvert)
Fichée au milieu des labours
Noire comme un chicot
Dans le sourire d’un vieux
Tourne vers toi
Les orbites creuses
De ses fenêtres
Tu te sens
Parcouru en diagonale
Les campagnes
Te feuillettent à la volée
Les fleuves
T’arrachent des pages de vie
Entières
Les faubourgs distraits
Te compulsent
Du bout de leurs rues sales
Les villes
Méfiantes et sérieuses
Te lorgnent derrière leurs carreaux
Le monde s’évade
Sur ton dos
Tu lui passes le temps
En attendant qu’il te classe
Parmi d’autres hommes
A peau de parchemin
Et qu’il te brûle
Un jour de grand ménage
Sans autre forme
De procès