Samedi 6 mars 6 06 /03 /Mars 12:38
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Samedi 6 mars 6 06 /03 /Mars 09:22
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Mardi 2 février 2 02 /02 /Fév 23:52

 

 



Par Richard Robert - Publié dans : Diamants sur canapé
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Dimanche 27 décembre 7 27 /12 /Déc 15:16
Par Richard Robert - Publié dans : Diamants sur canapé
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Samedi 12 septembre 6 12 /09 /Sep 17:18

Comme un fait exprès et s'élevant par la fenêtre de chez je-ne-sais-quel-mélomane certainement averti (de mon passage ?), résonnent, dans un morne printemps parisien soudain éclairci par ce flash spatio-temporel, quelques accords faussement enjoués. Revu et corrigé "façon Nino Rota", le Armen's Theme de Ross Bagdasarian ("cartoon-musicien" du siècle dernier) me fait revenir en feed-back à l'esprit et aux oreilles l'image et la voix du leader des Asternovas, orchestre italien late fifties responsable de la susnommée version, l'immense Fred Buscaglione. Ici, maintenant...

Whisky facile, amour à Portofino et sophistication musicale

Fernandino "Fred" Buscaglione, qui n'a jamais vu le printemps millésime 1960, ni de facto les olympiques Jeux romains estivaux de cette année-là. Un athlète du night-clubbing pourtant, adulé des foules, sorte de gladiateur-crooner du néoréalisme rose (cinéma, chanson) d'une Italie des années cinquante ayant enfin retrouvé son humour et sa sensualité. Rose, comme la couleur de sa Ford Thunderbird qui vient se crasher contre un camion dans l'aube fraîche du 3 février, dans une rue du quartier romain de Parioli. Il n'avait pas 39 ans.

Chanteur et acteur, excellent musicien de jazz, Buscaglione est l'archétype réussi du crooner ironique italien de ces années volubiles et enchantées. Endossant, avec une classe qui n'appartient qu'aux meilleurs, le rôle parfaitement travaillé de Clark Gable méditerranéen : fine moustache, sourcil relevé, clope au bec, poupée à la plastique redoutable dans une main et Whisky facile - titre de l'une de ses meilleures et plus populaires chansons - dans l'autre. Improbable gangster-détective-fêtard à la voix rauque, et showman de l'illusion fantasmée d'un New York ou d'un Chicago made in Italia, dont il joue, et se joue, de tous les stéréotypes avec maestria.


Son répertoire est ainsi truffé non de plomb, mais de chansons aux ambiances et textes "polar-swing" qui restent de petits chefs-d'oeuvre du genre, tels Le Rififi (1956), Noi duri (1959) ou encore le frénétique Che notte (1959). Les trois quarts du temps interprétées dans sa belle langue natale, ses oeuvres connaissent aussi bien sûr les honneurs de l'anglais, parfois mélangé avec l'italien histoire de parfaire l'enveloppe de dur au grand coeur qui veut faire l'Américain ; ou encore, pour compléter le tableau - du français "dans le texte", comme sur la berceuse-scie romantique grand teint Dors mon amour (1958), où l'entendre rouler les "r" ne s'écoute pas sans une certaine délectation.

Usant avec célérité du parlé-chanté (idiome vocal qui va perdurer par exemple jusque chez un Paolo Conte de plus récente mémoire), Buscaglione sait aussi vite se transformer avec un égal talent en fin crooner. Sa voix alors mélodieuse entonne des ballades jazzy, quasi pré-slows, qui font mouche à tous les coups. Là, le fêtard invétéré change de masque, séduit, et fait chavirer aussi bien la ménagère rangée des plages et des dancings de Rimini que les jeunes filles pas si sages se rêvant en Lucia Bosé ou en Silva Mangano d'un soir. Et le faux dur à cuire devient évidemment victime des charmes imparables de la gente féminine. Le personnage est en place, et ça va marcher très fort.

Alliant sens du spectacle et subtilité musicale, Buscaglione met toutes et tous dans sa poche revolver. Love in Portofino (1955), par exemple, est cette insubmersible ballade, parfait standard immortel (quantité de reprises, pas toujours heureuses, en témoignent) qui vous plonge directement dans une ambiance crépusculaire d'une fin d'été de toutes les joies amoureuses et des regrets déjà là. Inusables aussi ces Guarda che luna (1959) et Lasciati baciare (1959 itou), dont l'orgue aigrelet d'arrière-plan de bal triste annonce des lendemains difficiles sous les lampions décrochés par le vent. Avec Non partir (1958), lacéré par des chorus de cuivres qu'on croirait sortis du fond d'une salle de danse désertée, il peut ramper par terre, elle ne l'écoute plus et ne reviendra pas...



Tout cet univers, bientôt copié et recopié jusqu'à la caricature par nombre de suiveurs patentés et oubliés, tient par l'excellence et la créativité de l'orchestre de Buscaglione, les Asternovas, qui ont apporté une modernité musicale jusqu'alors peu usitée dans la chanson italienne. Musicien multi-instrumentiste formé au jazz et compositeur avant tout, Buscaglione a laissé à ses collègues une place de choix, où leur interprétation et des arrangements inventifs forment un tout indissociable de sa propre performance. Jazz swing d'abord, en formation réduite explosive, mais dynamité de l'intérieur par l'utilisation peu orthodoxe en la matière de bruitages et d'effets sonores (flingues, bagnoles, hoquets réverbérés...). Une résurgence de l'apologie du "son dynamique" préconisé par le mouvement italien futuriste du début du siècle XX ? Plus sûrement l'influence du jazz américain, dans ses formes les plus expressionnistes à synthétiser la jungle urbaine. Ensuite, selon le répertoire choisi (à noter quelques sélections repérées de chez l'excellent et sûrement digne de confiance dénommé Malgoni), l'incursion d'un "Bo Diddley beat" par ci, les tentatives au taquet en terre rock'n'roll par là. Car Buscaglione dégage la voie pour l'avènement du rock en Italie ; jusqu'au rendu de certaines des productions discographiques qui font parfois curieusement sonner le tout comme un groupe pré-rock qu'aurait produit un Joe Meek débutant, s'il avait sévi à l'époque en Italie (on n'ose imaginer les sessions...)

Che bambola !

La séduction à l'italienne, donc, par Buscaglione. Lui qui fut longtemps "l'homme d'une seule femme", la sienne, Fatima Ben Embarek. Belle Marocaine ayant appartenu à un certain Trio Robin, contorsionnistes et acrobates dans des numéros de cabaret, rencontrée alors qu'elle a 18 ans et que l'ami Fred, encore presque uniquement cantonné à son rôle de musicien jazz, rôdait à la fin des années quarante son fidèle orchestre Gli Asternovas dans ce circuit des années d'avant la gloire. Fatima, dotée d'une très belle voix et qu'on peut également entendre sur certains titres, sera pour lui un moteur dans sa carrière, et certainement pas une simple "poupée de service", telle qu'on en trouve dans nombre de ses chansons.

Car la carrière grand public, météorique de fait, de Buscaglione (en gros 1955-1960) ne s'est pas, telle Rome, construite en un jour, mais dans l'ébullition de cette Italie trouble et troublée des années trente et quarante. Né en 1921, Fernandino a peu à peu construit son personnage. Adolescent féru de musique, il est inscrit par ses parents au conservatoire Verdi de Turin, sa ville natale ; puis ce sont les night-clubs, où il peut développer sa passion en jouant contrebasse et violon, et en commençant à pousser la canzon. Prisonnier en Sardaigne pendant la Seconde Guerre mondiale, quelque Américain décèle son talent musical : il rejoint l'orchestre de la station radio alliée, où il peut parfaire sa pratique du jazz (bien sûr interdit dans l'Italie fasciste de ses jeunes années) et expérimenter ainsi de nouveaux rythmes et sonorités. De retour à Turin après la guerre, c'est le temps où il travaille comme musicien pour divers orchestres, avant de former son groupe les Asternovas, dont il va prendre le leadership et endosser le rôle de chanteur et showman. Sous l'impulsion de son ami Leo Chiosso, parolier qui l'aide à construire son personnage, Fred va composer avec celui-ci le corpus principal de ses réussites musicales à venir. Un nouveau monde se met en place, accompagné bientôt du succès, et qui va profondément et durablement marquer le renouveau de la chanson et du cinéma italiens de ces années cinquante.



Tequila et juke-box.

Ce renouveau que Buscaglione incarne avec succès artistique et commercial, à l'instar de quelques autres précurseurs, est celui d'une Italie en pleine renaissance moderniste. Aux sombres années du fascisme et de la guerre a succédé le néoréalisme artistique de la deuxième moitié des années quarante et du tout début des fifties. Miroir, notamment par un cinéma hautement créatif, d'une société italienne traumatisée en pleine reconstruction. Il faut vivre et laisser vivre, et bientôt - sous/face à l'influence culturelle américaine dominante - les thèmes sociaux vont être abordés avec plus d'ironie et d'humour, de glamour aussi bien sûr, par tout un pan du monde artistique. L'Italie retrouve ses couleurs ; et les formes généreuses de ses actrices, stars internationales ou starlettes d'un jour (d'une nuit) n'ont pour égal que le talent de ces acteurs sachant s'employer, avec une facilité qui cache tout un travail bien plus grand qu'il n'y paraît, dans un registre comique-dramatique qui va perdurer jusque dans les années soixante-dix.

Ce "néoréalisme rose" des années cinquante, qui va attirer le monde entier vers les charmes de l'Italie retrouvée, est accompagnée dans le domaine musical d'un renouveau salutaire de la chanson populaire. Le bel canto de longue haleine se voit dépasser par toute une vague de francs-tireurs qui vont bientôt connaître un succès énorme. Avec des talents de premier choix, et ipso facto tout un florilège de tocards sympathiques, qui vont exercer une influence durable sur les générations suivantes.

Fred Buscaglione le Turinois est de ceux-là. Il est aussi à l'origine du boom discographique du marché italien. Sa formule X maintenant au point, c'est l'heure de relever les compteurs. 980 000 copies de Che bambola s'écoulent ainsi en 1956. Suivies de nombreux bingos du même acabit entre 1956 et 1959. Fascinant et presque surréaliste, mais finalement évident quand on sait toute la fraîche créativité apportée par sa musique et qu'on comprend que l'Italie a besoin de cela en ces années où tout semble à nouveau possible.

Showman devenu incontournable, on retrouve le Fred partout : télévision, publicités. Et cinéma bien sûr, dans d'improbables comédies à l'italienne où il vient décliner son personnage de mobster et croise ces grandes figures d'alors que sont un Toto ou un Peppino DeMartino.

Che notte

Un âge d'or ? Peut-être... Encore un ! Plus sûrement une affaire de plaisir. Comment ne pas convoquer à ce titre Renato Carosone, autre grand maître chanteur de ces années-là (Tu vuo fa' l'americano, tout était dit !). Musicien napolitain émérite qui arrête au sommet de sa gloire, en 1960 lui aussi... mais de son propre chef (et bien vivant). Son trio avec le guitariste néerlandais Peter Van Wood - qui avait favorisé le développement de la guitare électrique en Italie -, l'impétuosité irrésistible de son sextette dynamite... Bande-son et visuelle idoine pour ces nuits où fêtard ne rime pas avec Bénabar. Car bien qu'ancrée dans son époque, cette musique a aussi la magie de l'intemporel et s'apprécie tout aussi pleinement qu'alors.

L'industrie et les daubes musicales suivront, comme d'habitude. Mais aussi par exemple et entre autres le grand Adriano Celentano, qui fera avec le rock ce que Buscaglione a fait avec une certaine approche du jazz : un véhicule musical moderne des passions et des travers d'une société. Les Italiens, en leur riche diversité, savent depuis longtemps ce que ça signifie, rien moins. Et ça tombe bien, on est preneurs. Ici, maintenant.

                                                            Christophe Libouban, Paris, mai 2006 - revisité juillet 2009
Par Richard Robert - Publié dans : Empreintes amies
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Lundi 13 juillet 1 13 /07 /Juil 19:41
Le monde n'est plus sur nos épaules
Il a roulé dans notre dos
Ne reste plus que son fantôme
Son dernier souffle sur nos peaux
Par Richard Robert - Publié dans : Empreintes - 2008-2009
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Samedi 27 juin 6 27 /06 /Juin 19:11
Par Richard Robert - Publié dans : Diamants sur canapé
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Jeudi 30 avril 4 30 /04 /Avr 10:44

 

 

Par Richard Robert - Publié dans : Diamants sur canapé
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Lundi 27 avril 1 27 /04 /Avr 20:17

New York, un beau jour de 1998. Chan Marshall, alias Cat Power, cherche son chemin. Comme toujours, ou presque. Elle arrête donc le premier quidam qui passe. Le type, sans même écouter sa question, se lance dans une pantomime enfiévrée, d'où il ressort qu'il ne se sent pas tellement qualifié pour la renseigner. Et pour cause : il est sourd-muet. Pas de pot, se dit-on en assistant à la scène : dans leur grande majorité, les New-Yorkais sont à priori doués de parole. Oui, mais justement. Chan appartient à une catégorie assez rare d'aventuriers de la malchance. De ceux qui, lorsqu'ils ont ainsi l'espoir de rencontrer ne serait-ce qu'un début d'interlocuteur, un tout petit bout d'âme soeur dans la grande masse bruissante des hommes, tombent fatalement sur des gens sans voix. Avec elle, ça ne peut pas rater : ça rate souvent. Et à force, ces jeux du hasard et de la déveine ont leur forme de beauté, de vérité. Comme si cette fille, bien malgré elle, avait trouvé le plus juste moyen de traverser une époque tellement miséreuse et appliquée à sa perte qu'elle en devient presque touchante, pauvre petite chose cassée, bientôt dissoute et balayée.

L'Américaine est de ces déboussolantes créatures qui, dans leur rapport au monde et au commun des mortels, ont décidé de ne plus s'embarrasser des pincettes du sens commun ni des plus élémentaires codes de conduite. Trois ans plus tôt, Chan Marshall avait abordé nos rivages européens en jeune femme très nuageuse, prête à fondre à tout moment en averse de pleurs et de gémissements. Là, alors qu'elle vient de boucler son premier disque vraiment apaisé - Moon Pix, sous un clair de lune musical nettement moins chagrin -, c'est curieusement en tornade qu'elle réapparaît. Avec un vent de vitalité, d'enthousiasme mutin et de volubilité qui, tant bien que mal, tente de déblayer son invariable fond de fragilité. Chan Marshall, désormais, c'est un peu Zazie dans le trauma. Une attachante et turbulente gamine de 25 ans qui, dans un désordre suractif et bavard, dévore compulsivement la vie comme pour s'arracher d'un vieux tunnel, se libérer du poids d'un passé enclume, conjurer le souvenir toujours prégnant d'une ancienne terreur. Comme si la vie était pour elle un trajet à couvrir sans mollir, une distance à abolir, la quête au pas de course d'un bonheur sans cesse dérobé. Une Zazie toute à sa fuite en avant, que le moindre silence, la moindre zone de calme semblent inquiéter. Et qui, par crainte du vide, se lance donc régulièrement dans des monologues heurtés, parasités par des digressions impossibles (considérations mystico-spirituelles, références bibliques, récits alambiqués de rêves, de visions ou d'expériences sensorielles), où le discours, comme enregistré sur une bande magnétique capricieuse, ne cesse de sauter.

 

Branchée sur du 100 000 volts dénudé, Marshall mène une existence qu'on qualifiera gentiment de borderline. Elle est cette femme en ligne brisée qui, toujours, laissera les hommes rectilignes en plan. Elle est celle qui a décidé de sur-vivre tout, pour oublier que, un peu comme tout le monde, elle essaie simplement de survivre, de se survivre. Avec elle, une balade dans Manhattan devient une partie de flipper flippée, un festival insensé de rebonds et de zigzags. Toutes les minutes, une idée lui jaillit, qu'il faut mettre à exécution comme si l'avenir du système solaire en dépendait. Son quotidien est une succession de coups de tête plus ou moins fantaisistes : aller chanter Like a Virgin dans un restau-karaoké coréen, partir sur la piste d'une galerie d'art introuvable, écumer les échoppes de Chinatown à la recherche d'une paire de godasses à dix balles ou d'une tablette de chewing-gum au ginseng. Et surtout, entasser des projets abracadabrants - "Et si nous allions déguster les meilleurs steaks de Brooklyn ?" - pour mieux les oublier dans la minute suivante. Tout semble dévolu à l'épuisement du corps, à l'essorage de l'esprit - en attendant l'effondrement salutaire de la nuit.

 

La vie et la musique de Chan Marshall sont donc comme ça, sculptées dans une pâte improbable et changeante, où s'emmêlent le loufoque et le pathétique, la poisse et la drôlerie. Pas toujours facile à vivre et souvent difficile à suivre, la jeune femme trimballe avec elle un petit bagage de mélasse et de folie douce qui, à force de l'accompagner, de s'incruster, donne une grâce toute particulière à chacun de ses gestes, de ses paroles, de ses chants. C'est de la magie noire, quasiment. Et ça nourrit forcément ses disques. Surtout Moon Pix, largement supérieur à ses précédentes entreprises - et sans doute aux suivantes. Beaucoup moins plaintif, moins apitoyé, même si bien crevassé de l'intérieur. La santé n'est pas très bonne, la fièvre brûle les entrailles, mais le teint est pourtant magnifique, presque reposé. L'album a été enregistré en Australie, qui sous cet angle ressemble à une chouette fin du monde. Chan y est accompagné par deux gars des Dirty Three, qui scient sans fracas les barreaux derrière lesquels elle était encore encagée - ces barreaux qui l'empêchaient de s'envoler vraiment, d'être la chanteuse soufflante et la musicienne empoisonnée qu'on pressentait. Le disque le plus poignant de Cat Paumée est aussi son disque le moins spectaculaire.

 

Car par le passé, la demoiselle geignait trop et ne jouait pas assez. Elle trempait des blues-Kleenex au point de les mettre en charpie, se mouchait dans des bouts de folksongs tout déchirés. C'était déroutant, mais on se demandait parfois ce qu'on foutait là, à écouter cette fille décliner l'inventaire de son désastre, et celle-là plutôt qu'une autre. Il faut dire que dans la colonne "passif", Chan accumulait un bon paquet de charges. Naufrage familial, jeunesse bouffée par la vermine, foirades affectives et sexuelles : de la vraie déconfiture qui dégouline. Au confluent de sa névrose et des misères collectives, de son marasme personnel et du grand chaos psychologique américain, Chan nageait en brasse coulée. Avec Moon Pix, elle prouve que, même en ayant barboté dans ces eaux-là, on peut avancer. Et faire résonner une musique plus profonde que ses anciens piaillements de canari blessé, ailes arrachées et bec dans l'eau. Ce disque, certes, ne charrie pas que du bonheur. Mais dans le fond, il laisse entrevoir l'éclat de quelques diamants noirs.

A chaque seconde, Moon Pix rayonne salement. Avec cette énergie diffuse et craquelée que savent déployer les plus grandes fragilités. Avec, plus que jamais, un somptueux va-et-vient entre les abysses de l'âme et la vie à fleur de peau. Avec une façon très sereine de faire simple mais pas simplifié, de réduire le folk, le blues et le rock américains à leur essence, jusqu'à ce qu'ils rendent tout leur jus et qu'ils ouvrent vraiment leur coeur. Du fond de l'Histoire, cette musique semble remonter, pour affleurer à la surface même des émotions humaines, s'incarner par la voix de plus en plus perforante d'une pythie d'un genre assez spécial. Entre l'ombre des cavernes et l'air apparemment libre, Chan Marshall travaille infatigablement, creuse la terre, extrait de l'or, se noircit les ongles, n'arrondit pas les angles. Et peut enfin vibrer, sous un beau ciel voilé. Funambule qui utilise le déséquilibre comme balancier, l'Américaine, ici, porte le danger sous la bannière de l'apaisement, glace l'échine en soufflant le chaud, tord les boyaux en douceur. Avant Moon Pix, on avait envie de lui tendre un mouchoir. Avec Moon Pix, c'est elle qui nous consolerait presque, sans complaisance, son calme voile de tristesse recouvrant idéalement la fin des temps.

 

 

Par Richard Robert - Publié dans : Etats critiques
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Samedi 11 avril 6 11 /04 /Avr 21:21


Par Richard Robert - Publié dans : Diamants sur canapé
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