Leonard Cohen (2001)

Publié le par Richard Robert

Ce soir d'octobre 2001, à l'Institut Lumière de Lyon, on projette un film de Harry Rasky, The Song of Leonard Cohen. De rares encarts publicitaires ont annoncé la nouvelle sans la claironner. Comme si on avait daigné nous laisser la liberté de ne pas savoir. Comme si l'art du Canadien était définitivement ailleurs, hors de ce tapage organisé dont les éminences du marketing kulturel entourent désormais le moindre événement musical. Dans la salle aux trois quarts pleine, on s'installe sans se presser. Il y a là des gens qui semblent sincèrement émus. Et d'autres plus apaisés, venus retrouver un vieux frère qu'ils ont appris à aimer jusque dans ses absences. C'est une assistance calme et digne. Les plus jeunes ne parodient pas leur jeunesse, les plus vieux n'essaient pas de paraître moins vieux. Ils ne se soucient pas de leur âge ; et de cette façon, ils ne lui appartiennent plus. On se sent entre camarades. Il n'est pas utile de se toucher ni de se parler pour s'en convaincre. On se reconnaît sans s'être jamais rencontrés.

The Song of Leonard Cohen a été tourné en 1979. La pellicule est granuleuse, les images sont parfois tremblées, le script semble indécis. Rasky est loin d'être un débutant, mais il carbure encore à l'instinct. Son apparente imprécision fait sa force : elle lui permet de capter un moment-clé dans la vie d'un homme. Cohen vient de perdre sa mère. Il habite un appartement nu de Montréal. Il a sorti un album époustouflant, Recent Songs, qui ne réveillera pourtant pas le public américain. Il part en tournée européenne avec le groupe le plus flamboyant qui l'ait jamais entouré - les séquences live, éclatantes de beauté, froissent pour de bon son image de chanteur monocorde. Rasky interviewe Cohen en toute naïveté, comme s'il avait affaire à un sage en haut de sa montagne. Courtois et à l'écoute, le Canadien refuse d'endosser ce rôle. Il n'a aucun programme à défendre, aucun message à délivrer. Mais une question cinglante qui le poursuit et fonde son métier de poète : comment vivre dans le chaos ? Les réponses jaillissent des textes et des chansons : avec le temps, elles sont devenues plus lumineuses et ouvertes. Cohen, en 1979, est un homme qui est en train d'accoucher - dans la douleur parfois, dans le plaisir souvent, dans le doute toujours - de sa propre légèreté. Cette légèreté naissante, qui ne demande qu'à grandir et à s'épanouir, c'est l'héroïne secrète de ce film plein de grâce.

Le lendemain de cette projection, quelques lignes volées dans un texte d'Alberto Savinio nous giflent comme une évidence. "L'homme conscient de soi, l'homme à l'esprit profond n'oublie pas la tragédie, mais la résout avec ses propres moyens et s'en libère. Et après qu'il a résolu la tragédie de l'enfance, c'est-à-dire sa tragédie intime et personnelle, il résout peu à peu aussi la tragédie du monde ; et quand il a fini de résoudre aussi la tragédie du monde et s'en est libéré, alors il entre dans cet état de sérénité, de légèreté, de "frivolité" dont la mort est la conclusion méritée." On replonge alors dans The Future, le manifeste de 1991 où Cohen en termine une bonne fois pour toutes avec la tragédie du monde. Puis on écoute son dernier album en date, Ten New Songs. La chanson de Leonard Cohen, c'est ce disque tout entier. Elle dit que la frivolité est le privilège de ceux qui ont arpenté tous les gouffres et qui se sont brûlés à toutes les beautés. Et la mort, dans tout ça ? Elle sera une juste récompense. Mais Cohen pour l'heure la refuse, avec l'humilité et l'autorité d'un guerrier qui sait que le combat vient peut-être seulement d'être engagé.

 



Publié dans Etats critiques

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nina 26/02/2009 22:35

Voilà ce qu'on peut faire quand on se rebiffe et je le conseille à chacun qui peut avoir des ennuis avec ce gros connard de sarkozy ou sa clique de clowns de flics minables : je suis en train de régler un petit problème du genre détail avec cette grosse tache de si peu président de la république Française, en lui envoyant un avocat pour mises sous surveillance illégales, lynchage inspiré de bonnes vieilles méthodes qui ne déplairaient pas au ku ku klan, lynchage qui n'a mobilisé personne sur le web ou dans la presse et plagiat vulgaire et ridicule qui passe à la télé. Avis à la population et merci pour l espace d'expression. Voilà, ceci est également une tentative de gros scandale public parce que ça calme pas mal les gros connards.
et dotclear dit :Vous êtes exclu de ce forum. L'administrateur ou le modérateur qui vous ont exclu envoient le message suivant -
Quels Pétochards gerbants à Dotclear de la " blogosphère " :)

Quant a sarkozy, s'il n'aime pas le web, et s'il n'aime pas la rue qui sait, la preuve, très bien se défendre, qu'il la quitte !

http://lettres.blogs.liberation.fr/sorin/ - email Détecté comme spam - zut, on se donné le mot ? Car du lynchage, il ne semble pas avoir existé, seulement pour les gens dans la rue. En revanche, l'email-je-vais-vous-faire-un-scandale, est bloqué dans certains blogs